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Lancement d’une marque cosmétique : les 10 points juridiques à vérifier avant la mise sur le marché

  • 13 mai
  • 5 min de lecture

Créer une marque cosmétique ne consiste pas seulement à finaliser une formule, un logo et un packaging. Avant même la première vente, plusieurs exigences juridiques doivent être sécurisées : qualification du produit, désignation de la personne responsable, évaluation de sécurité, conformité de l’étiquetage, gestion des allégations, organisation contractuelle de la fabrication et anticipation des risques post-commercialisation.

 

En pratique, beaucoup de projets se fragilisent non pas au stade du concept, mais au moment de la mise sur le marché, lorsqu’il faut démontrer que le produit est juridiquement prêt à être commercialisé. L’enjeu n’est donc pas seulement de lancer vite, mais de lancer dans un cadre suffisamment sécurisé pour éviter un blocage, un rappel, une réclamation ou un contentieux.

 

1. Vérifier que le produit relève bien du régime cosmétique

 

Le premier point consiste à confirmer que le produit entre bien dans la définition du produit cosmétique. Le règlement (CE) n° 1223/2009 vise toute substance ou tout mélange destiné à être mis en contact avec les parties superficielles du corps humain, les dents ou les muqueuses buccales, en vue principalement de nettoyer, parfumer, modifier l’aspect, protéger, maintenir en bon état ou corriger les odeurs corporelles.

 

Cette vérification est essentielle, car une erreur de qualification peut faire basculer le projet dans un autre cadre réglementaire, notamment si la présentation du produit ou ses fonctions revendiquées excèdent le champ cosmétique.

 

2. Identifier correctement la personne responsable

 

Aucun produit cosmétique ne peut être mis sur le marché sans qu’une personne physique ou morale soit désignée dans l’Union comme personne responsable. Selon les cas, cette qualité peut revenir au fabricant établi dans l’Union, à la personne désignée par lui par mandat écrit, à l’importateur pour le produit qu’il met sur le marché, ou encore au distributeur s’il commercialise le produit sous son nom ou sa marque, ou s’il modifie le produit dans des conditions susceptibles d’en affecter la conformité.

 

Ce point doit être clarifié très tôt, car la personne responsable porte la conformité du produit et concentre l’essentiel des obligations réglementaires.

 

3. S’assurer que le produit est sûr

 

Un produit cosmétique mis à disposition sur le marché doit être sûr pour la santé humaine dans des conditions normales ou raisonnablement prévisibles d’utilisation, compte tenu notamment de sa présentation, de son étiquetage et des instructions d’usage.

 

Autrement dit, la sécurité ne s’apprécie pas uniquement au regard de la formule. Elle dépend aussi de la manière dont le produit est présenté, expliqué et commercialisé.

 

4. Faire établir une véritable évaluation de sécurité

 

Avant la mise sur le marché, la personne responsable doit veiller à ce que la sécurité du produit soit évaluée sur la base des informations appropriées et à ce qu’un rapport sur la sécurité soit établi conformément au règlement. Cette évaluation doit être réalisée par une personne disposant des qualifications prévues par le texte.

 

En pratique, il ne suffit donc pas d’avoir une formule qui semble propre ou une documentation technique incomplète. Il faut un véritable socle d’évaluation.

 

5. Constituer un dossier d’information sur le produit complet

 

Lorsqu’un produit cosmétique est mis sur le marché, la personne responsable doit conserver un dossier d’information sur le produit pendant dix ans à compter de la date à laquelle le dernier lot a été mis sur le marché. Ce dossier comprend notamment une description du produit, le rapport sur la sécurité, une description de la méthode de fabrication, une déclaration de conformité aux bonnes pratiques de fabrication, les preuves de l’effet revendiqué lorsque la nature ou l’effet du produit le justifie, ainsi que certaines données relatives aux expérimentations animales.

 

Ce dossier constitue un point de contrôle central en cas de réclamation, de demande d’une autorité ou de crise produit.

 

6. Sécuriser la fabrication et la composition

 

La fabrication des produits cosmétiques doit respecter les bonnes pratiques de fabrication. Par ailleurs, les produits ne peuvent pas contenir certaines substances interdites, ni utiliser certains colorants, agents conservateurs ou filtres ultraviolets en dehors des conditions prévues par le règlement. Le règlement admet seulement, sous conditions, la présence non intentionnelle de petites quantités de substances interdites lorsqu’elle est techniquement inévitable dans de bonnes pratiques de fabrication et compatible avec l’exigence générale de sécurité.

 

Lorsqu’un produit contient des nanomatériaux, une vigilance particulière s’impose, avec un régime de notification spécifique avant la mise sur le marché.

 

7. Effectuer les notifications requises avant commercialisation

 

Avant la mise sur le marché, la personne responsable doit transmettre à la Commission, par voie électronique, les informations prévues par le règlement, notamment la catégorie du produit, l’identité de la personne responsable, le pays d’origine en cas d’importation, l’État membre de commercialisation, certaines informations sur les nanomatériaux et la formulation-cadre nécessaire en cas de troubles. Lors de la mise sur le marché, elle notifie également l’étiquetage original et, lorsqu’elle est lisible, une photographie de l’emballage correspondant.

 

Ce point est souvent sous-estimé dans les lancements rapides, alors qu’il conditionne la régularité de l’entrée sur le marché.

 

8. Vérifier l’étiquetage et les informations remises au consommateur

 

Les produits cosmétiques ne peuvent être mis à disposition sur le marché que si le récipient et l’emballage comportent, en caractères indélébiles, facilement lisibles et visibles, les mentions exigées par le règlement, notamment l’identité de la personne responsable, certaines indications de contenu, la durabilité minimale ou la période après ouverture selon les cas, les précautions particulières d’emploi, le numéro de lot, la fonction du produit et la liste des ingrédients.

 

En pratique, beaucoup de difficultés viennent moins de la formule que du packaging, de fiches produits incomplètes, ou d’un décalage entre l’étiquette, le site internet et les supports commerciaux.

 

9. Encadrer strictement les allégations marketing

 

Pour l’étiquetage, la mise à disposition sur le marché et la publicité, il est interdit d’utiliser des textes, marques, images ou autres signes pour attribuer au produit des caractéristiques ou des fonctions qu’il ne possède pas.

 

C’est un point sensible pour les jeunes marques, en particulier lorsqu’elles veulent accélérer leur différenciation par des promesses très fortes. Des formulations telles que « clean », « hypoallergénique », « testé dermatologiquement », « sans danger », « réparateur » ou « anti-chute » appellent une vigilance particulière, non parce qu’elles seraient automatiquement interdites, mais parce qu’elles doivent correspondre à des caractéristiques réellement établies et pouvoir être justifiées.

 

10. Anticiper l’après mise sur le marché

 

Le lancement ne marque pas la fin du risque juridique. La personne responsable qui considère ou a des raisons de croire qu’un produit n’est pas conforme doit prendre immédiatement les mesures correctives nécessaires pour le mettre en conformité, le retirer ou le rappeler, selon le cas, et informer les autorités compétentes si le produit présente un risque pour la santé humaine.

 

En cas d’effets indésirables graves, la personne responsable et les distributeurs doivent notifier sans délai l’autorité compétente de l’État membre où cet effet a été constaté. Le lancement d’une marque suppose donc aussi d’anticiper la gestion des réclamations, la conservation de la preuve, les circuits d’alerte internes et, si nécessaire, la réaction de crise.

 

Ce qu’il faut retenir

 

Lancer une marque cosmétique ne consiste pas seulement à mettre sur le marché un produit attractif. Il faut aussi s’assurer que le produit est correctement qualifié, porté par la bonne personne responsable, évalué, documenté, notifié, étiqueté et commercialisé avec des allégations maîtrisées.

 

En pratique, les risques les plus sérieux naissent souvent d’un lancement trop rapide, avec une documentation incomplète, une répartition floue des responsabilités, ou une stratégie marketing plus ambitieuse que le niveau de preuve réellement disponible.

 

Le Cabinet accompagne les marques, fabricants, importateurs et distributeurs dans la sécurisation des lancements de produits cosmétiques : audit de conformité, structuration contractuelle, revue des allégations, gestion de la personne responsable et anticipation des risques réglementaires et contentieux.

 
 
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